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Quand Zack Snyder croise le chemin de The Dark Knight... Car oui, Superman et Batman ont quelques points communs intéressants. Outre le fait qu'on retrouve Christopher Nolan et David S. Goyer, réalisateur et scénariste de la trilogie The Dark Knight, ainsi que le compositeur Hans Zimmer au cast de Man Of Steel, il est bon de rappeler que tout deux sont des personnages issus de l'univers DC Comics. Notons qu'on retrouvera (logiquement) Superman dans la Justice League (le Avengers de chez DC), une fois que tout les personnages auront eu droit à leur adaptation cinématographique (comme Avengers, donc). En creusant un peu plus loin, on se souvient des deux volets Batman qu'avait réalisé Tim Burton avant que Joel Schumacher décide de plomber la saga, mais le bougre avait également été embauché pour tourner un volet de la saga Superman nommé Superman Lives, avec Nicolas Cage dans le rôle principal. Projet que la maison Warner abandonnera pour laisser place au Superman Returns de Bryan Singer, qui lui-même sera mis de côté pour mettre en branle une toute nouvelle aventure, celle de Man of Steel.

 

 

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Si J.J Abrams (qui a également écrit un script pour Superman intitulé Superman: Flyby) a su rendre Star Trek accessible à ceux qui n'appréciaient pas particulièrement la saga kistchissime originelle (moi y compris), Zack Snyder (qui se met aussi à abuser des flares) réussit avec Man Of Steel à nous faire oublier les non moins kitschissesques épisodes de Superman. Car l'histoire de l'homme à la combinaison bleue et rouge n'a plus de secrets pour nous. Certains l'ont connu au travers des comics, d'autres grâce aux dessins-animés, d'autres ont pu le voir au cinéma, notamment sous les traits de Christopher Reeve et de sa petite mèche de cheveux qui lui sert d'ouvre-boite et les derniers auront pu apprécier les superbes séries télés, des premières jusqu'aux dernières. Et bien sûr on connait le costume, moche la plupart du temps. Aujourd'hui, Zack Snyder reprend le contrôle du navire pour une version plus réaliste, plus contemporaine, et ceci passe d'abord par quelques modifications. En effet, comme l'a fait Nolan avec Batman, remplacé par The Dark Knight, Superman laisse ici place à son nouveau sobriquet, alias Man of Steel, histoire de s'éloigner un peu de la vision trop héroïque et peut-être trop fantaisiste du nom original. Plus sombre, plus brutal, plus touchant, Superman 2.0 est en piste, c'est l'heure du verdict.

 

 

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Puisque je vais être assez bipolaire dans cette critique, je vais la couper en deux. On va donc commencer par le négatif. Premièrement, le scénario. Si la réecriture est à la hauteur de ce qu'on attendait, une histoire plus "humaine", plus sombre et comme je le disais, plus contemporaine, force est de constater que l'essence même de la franchise a été noyée dans ce nouveau script. En effet, l'étiquette Superman n'est plus qu'un accessoire de scénario, il manque le fun et la magie de ce que l'on peut attendre d'un film de super-héros. Si ce n'est pas dérangeant dans le fond, le travail effectué sur la forme l'est un peu plus. Voir le Général Zod annoncer sa présence par flux RSS sur tout ce qui a un écran (télévisions, téléphones...) avec une vidéo digne d'un montage Al-Qaïda (oui, les aliens sont très intelligents mais ils ne savent toujours pas faire des vidéos potables - on a remarqué ça dans Transformers, aussi), c'est un peu trop cliché. Quant à l'évolution du personnage, elle est peut-être un peu brutale. Durant la première heure on nous montre un homme bon, calme, qui ne s'énnerve pas quand on l'agresse, qui ne veut faire de mal à personne, mais dans la seconde partie du film il passe son temps à ravager la moitié de la Terre avec des scènes de combats répétitives, accompagné de ces fidèles soldats américains qui mettent une heure trente à comprendre que non, Superman n'est pas leur ennemi. L'équilibre entre les différentes structures scénaristiques et rythmiques n'est pas aussi parfait qu'on pouvait l'exiger. Les séquences intimistes montrant l'enfance, l'adolescence, la jeunesse de notre héros sont trop éparpillées, quelque chose ne colle pas. Idem pour cette petite amourette avec la fameuse Lois Lane qui est comme chiée sur un plateau au milieu du repas, c'est pas crédible, et que dire de cette séquence de tornade qui, bien que sublimée par la musique de Zimmer soit purement et simplement du domaine de la série B. Et enfin... qu'en est-il de l'humour ? Je sais, le contexte n'est pas le meilleur pour faire des vannes, mais Snyder n'est pas novice en la matière, il sait comment adoucir le ton au bon moment, sauf qu'ici il ne le fait pas. Superman n'est plus un kéké en slip rouge, c'est un guerrier plongé dans un monde mi héroic-fantasy, mi urbano-apocalyptique grisâtre qui tente tant bien que mal de percer les doux secrets de l'humanisme, sans jamais vraiment y arriver. À trop vouloir faire du spectaculaire, on en oublie la légèreté, la beauté, cette petite chose innocente qui était présente dans la bande-annonce du film, et qui nous faisait rêver.

 

 

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Mais vous me direz, se plaindre qu'il y ait de l'action dans Superman c'est comme se plaindre de souffrir de somnolence en regardant du Lelouch, ça n'a pas de sens. Car pour trouver les points positifs de Man Of Steel, il suffit de reprendre ce que j'ai dis au-dessus, et de l'inverser. Le scénario manque de fun et de magie, c'est un fait, la romance avec Lois est bâclée et quasi-inexistante, c'est un autre fait, mais la suite annoncée devrait en toute logique réparer ces erreurs. L'évolution du personnage est bancale, elle manque d'un poil de profondeur, mais les quelques plans montrant l'enfance de Clark Kent sont sublimes, parfois touchants, le soin apporté au caractère esthétique est remarquable et enveloppé avec soin par les doigts magiques de Zimmer qui signe encore une fois une OST de grande qualité. Ces quelques séquences sont de loin les meilleures du film, on aurait préféré en voir plus d'ailleurs, mais les séquences d'action ne sont pas à jeter pour autant. L'esthétisme de Snyder est bien connu, il nous a montré l'ampleur de sa qualité visuelle au travers de ses précédents films et effectue le même travail ici, de la planète Krypton jusqu'aux vaisseaux spatiaux, en passant par les séquences de vol (le dernier combat avec Zod est juste dantesque) ou encore les différentes scènes de fight qui envoient du pâté et qui jètent à la gueule des spectateurs la monnaie de leur pièce. La seconde partie du film apporte autant de destruction qu'un film de Emmerich mais ça a de la gueule, la mise en scène est impeccable, les effets spéciaux sont excellents et le tout est justifié par... beh parce qu'il y a des méchants qui ne sont pas ici pour peigner des poneys, donc il faut bien les combattre. Ces mêmes scènes servent à montrer la - relative - vulnérabilité de Superman, car comme toujours le fait d'être humain est d'abord une faiblesse, puis ensuite une force (on n'échappe pas à l'adage selon lequel on puise la force de nos sentiments, blablabla). Car même si vous êtes au bord de la mort, la seule volonté peut vous faire renaitre. Ça donne naissance à des scènes illogiques, mais tant pis.

 

 

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Autre point bancal du film ; son casting. En réalité il n'y a qu'un rôle qui vient faire pencher la balance, c'est celui de Lois Lane. Amy Adams n'est pas crédible, elle tente de jouer une femme forte et fragile mais on y croit à aucun moment, c'est fade, surjoué, sans âme. Et c'est bien dommage car elle se heurte à un Henry Cavill impeccable en tout point, à un Michael Shannon diabolique, un Russell Crowe qui a de la gueule, un duo Kevin Costner/Diane Lane de qualité et un Laurence Fishburne malheureusement sous-exploité. En fait, Man of Steel est très bon sur beaucoup de points. Réalisation, effets spéciaux, mise en scène, décors, costumes, tout est impeccable, mais la structure du scénario n'atteint pas ce niveau. Non pas qu'il soit mauvais, bien au contraire, il est est simplement mal découpé et manque de richesse quand il parle de ses personnages. La romance aurait pu attendre, le passé de Clark Kent aurait du être plus développé, son enfance, ses débuts sur Terre (cela dit, si je ne me trompe pas, c'est la première fois qu'on voit réellement Krypton, c'est toujours bon à prendre) et l'action aurait pu être moins répétitive dans la dernière heure.

 

 

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Bref, Man of Steel est bancal. Beaucoup de mielleux, mais du miel savoureux. Beaucoup d'action mais rien de totalement gratuit façon Michael Bay. Bonne réecriture, mais imparfaite. Pas beaucoup de fun, mais du grand spectacle. Pas beaucoup de larmes, mais Hans Zimmer. Man Of Steel n'atteint pas la qualité d'un Dark Knight, c'est un bon film, un excellent film d'action, mais il lui manque une louchée de richesse pour devenir une référence et une lampée de fun pour rentabiliser le pop-corn que vous n'aurez de toute façon pas le temps de manger. Espérons que ceci sera corrigé dans le prochain volet. Petit conseil final, allez le voir en 2D, c'est bien suffisant.