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Avant de commencer, j'aimerais que l'on salue tous ensemble le grand Marc Headley pour avoir étudié le film de Shyamalan et conclu avec des arguments d'une pertinence incroyable que After Earth serait un hommage à la scientologie. Oui car lorsqu'un personnage de film doit vaincre sa peur et qu'il y a un volcan, il est scientologue. Bravo Marc, nous attendons tous avec impatience ta prochaine analyse.
Bien, After Earth est donc le nouveau métrage pondu par Manoj Nelliyattu Shyamalan, un réalisateur que tout le monde appréciait il y a une dizaine d'années mais qui a clairement perdu de sa superbe depuis la sortie de La Jeune Fille de l'eau. Et le gouffre continua de s'effondrer avec les films suivants, tous plus convainquants qu'un sachet de Krema sur les genoux d'un T-rex pédophile. Certaines critiques en ont d'ailleurs profité pour nommer After Earth le film de la dernière chance, parce qu'on voulait tous enfin voir le réalisateur sortir la tête de l'eau. Pour y parvenir, Shyamalan a donc opté pour la science-fiction, un choix à double tranchant car malgré l'abondance des productions SF de ces dernières années (et des prochaines), il y a aussi le point de la concurrence. On a eu du Cloud Atlas, du Oblivion, du Prometheus, on attend avec impatience le Elysium de Neill Blomkamp, le Gravity d'Alfonso Cuarón, l'Interstellar de Nolan ou encore le Riddick de... non, pas celui-là. Pour se démarquer il faut donc savoir trouver un bon sujet, une bonne histoire, mais avant tout quelque chose d'intéressant car un film creux, surtout en SF, c'est un film sans intérêt.

 

 

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Notons pour l'anecdote qu'on retrouve le nom de Will Smith dans différentes parties du générique, car en plus de participer à la production, c'est bien lui qui est à l'origine du scénario. Eh oui. Voulant lancer la carrière de son fils (chose qu'il a déjà fait précédemment, on les retrouve d'ailleurs tous les deux dans À la recherche du bonheur), il embaucha Gary Whitta, scénariste du Livre d'Eli, avant de se diriger vers Shyamalan - lui qui n'avait jamais prêté sa plume depuis le début de sa carrière. Le film devait au départ raconter l'histoire d'un père et de son fils partant faire un peu de camping. Malheureusement au cours du voyage la voiture sort de la route, l'enfant se retrouve seul et doit s'enfoncer dans la forêt pour trouver de l'aide. Franck Dubosc n'étant pas disponible, Smith et Whitta ont décidé de transformer le scénario en un film de survie en territoire science-fictionnesque. After Earth est né.
Le sujet choisi par Shyamalan (enfin, par Smith & Whitta) est donc la peur, il tente de démontrer au travers de son film les conséquences de l'inconnu sur l'homme. Pour certains, la peur est ce qui nous protège, ce qui nous permet de survivre, mais le réalisateur a vu les choses sous un autre angle : Aujourd’hui, on a peur de commencer un nouvel emploi, de s’investir dans une nouvelle relation car nous ne savons pas ce qui va se passer, et ça n’est pas forcément une bonne chose. Je trouvais intéressant de jouer avec cette idée dans un film : ici il s’agit d’un père qui apprend à son fils à surmonter sa peur. C’est une magnifique leçon, car si l’on peut apprendre à contrôler sa peur de l’inconnu, alors on peut tout accomplir. Bien, on nous promet donc de l'aventure, de la survie, de la relation père-fils et des monstres pas gentils, alors allons-y.

 

 

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Les bases sont simples, l'humanité a quitté la Terre devenue inhabitable et s'est exilée sur une planète nommée Nova Prime. Kitai Raige est un petit gars qui veut prouver qu'il en a dans le ventre, il décide donc de passer un concours pour intégrer le clan des Rangers, son père, Cypher, étant général. Mais il échoue. La relation entre le père et le fils est assez tendue, les deux se sentent coupables de la mort de leur soeur/fille mais n'abordent jamais le sujet. L'un est immature, jeune, l'autre est militaire et froid comme la glace, c'est alors que la mère leur propose de faire un voyage ensemble pour se rapprocher, mais leur vaisseau s'écrase sur Terre. Evidemment tout le monde crève sauf eux, leur balise de détresse ne fonctionne pas, le père est blessé, le fils doit donc entamer seul un long périple pour rejoindre la queue de l'appareil dans laquelle se trouve une autre balise de détresse qui elle, fonctionne, pendant que son père le guide... avec des instruments un peu douteux. La trame est donc très classique et très linéaire, on se retrouve face au voyage initiatique d'un adolescent qui doit prouver sa valeur afin de devenir un homme. Même si à l'image on ne voit bien souvent qu'un personnage aller d'un point A à un point B.

 

 

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L'un des aspects intéressants provient des décors, de cette nature sauvage qui retrouve toujours le chemin de la vie. Exit les décors post-apocalyptiques, dans After Earth on a de "vrais" décors naturels, de belles forêts, des animaux qui courent et qui volent dans tous les sens, des chutes d'eau vertigineuses et j'en passe. La science-fiction laisse donc une place au fantastique, on s'enfonce dans cette jungle et on y découvre quelques-uns de ses dangers, notamment au travers d'une séries d'animaux plus ou moins laids qui viendront se mesurer à notre petit Kitai. Oui, même s'ils ressemblent - presque - tous à ce que nous connaissons (on est sur Terre quand même) la plupart de ces animaux sont en image de synthèse. On pourrait se dire qu'ils ont dépensé sans compter pour créer toutes ces petites bêtes mais ce n'est pas le cas, le résultat est très rarement satisfaisant (notamment les espèces de tigres moches). Cependant, si on fait fi des questions de qualité, on constate avec aisance que ce monde est bien pauvre, et surtout bien trop vide pour réellement sentir une menace. Les bêtes sont peu nombreuses (pour faire court ils sont tous dans la bande-annonce), les différentes variétés d'animaux se comptent sur les doigts de la main et elles ont tendance à débouler un peu n'importe comment, et n'importe quand. Exemple, des babouins arrivent à sentir la présence de Kitai à je ne sais combien de dizaines de mètres et décident de l'attaquer; pourtant quelques minutes plus tard il peut tranquillement faire un somme dans l'herbe pendant on ne sait combien de temps sans être dérangé. Étant donné qu'on nous apprend quelques minutes plus tôt que tous les animaux ont évolué pour tuer l'homme, on trouve ça un peu limite à gober.

 

 

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Et c'est un des points négatifs de After Earth, son sens du rythme et son manque de richesse. D'un côté nous avons la mise en image de Shyamalan qui nous congratule de quelques jolis plans, parfois iconiques, parfois très classiques - certains d'entre eux sont d'ailleurs éclairés n'importe comment, je pense à la scène de dialogue au-dessus de la chute d'eau par exemple, étonnant puisque le chef-op du film n'est autre que Peter Suschitzky, un habitué des plateaux de David Cronenberg. De l'autre nous avons le silence et cette supposée menace qui n'existe en réalité que très rarement. Pourquoi mettre la Terre en quarantaine et nous annoncer qu'elle recèle de dangers si c'est pour nous offrir trois ou quatre séquences pas foncièrement grandioses ? L'environnement est calme, les protagonistes ne parlent que très peu, le choix était pourtant clair.
On retrouve également ce problème dans le scénario puisqu'en plus d'être inégal, il ne va jamais au bout de son récit. Le background imposé par l'histoire (celui d'une Terre supposée ravagée, d'une colonie externe, de la vie dans l'espace ou des supposées nombreuses civilisations qu'il habite) n'est qu'accessoire, la relation père/fils ne décolle absolument jamais et les différents rites de passage que traverse Kitai tombent bien souvent à plat. Si le script est en faute, les dialogues (bien souvent à chier) et les acteurs sont loin d'être innocents.

 

 

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C'est assez troublant de voir un Will Smith froid, totalement déconnecté. Il reste de marbre face à toutes les situations, sa voix est toujours monotone et on peine à ressentir en lui la moindre émotion. Certes, cette interprétation minimaliste prend tout son sens lorsque l'on connait la nature de son rôle, de son personnage, mais elle détruit également toute forme d'émotion, de complicité, ou simplement de crédibilité dans cette relation père/fils. On n'y croit pas, à aucun moment. Cela dit je me permet une petite parenthèse sur le personnage campé par Will Smith puisqu'en plus d'obtenir une certaine autorité, on comprend en sous-texte que Cypher est perçu comme le sauveur de l'humanité, fait assez rare dans la science-fiction pour un personnage noir, c'est toujours bon de le signaler. Fin de la parenthèse. Si le Prince de Bel-Air arrive donc à tenir son rôle, bien que ce choix d'écriture (ou d'acteur !) ne soit peut-être pas le meilleur, on ne pourra offrir à son fils Jaden autant de mérite. Son manque de charisme évident et son interprétation plus qu'inégale (horrible, pour être précis) sont autant de facteurs qui plombent une nouvelle fois la plupart des scènes, ce qui est plutôt embêtant puisqu'il détient le plus grand temps d'image (encore une fois, la scène de discussion sur la cascade est un bon exemple).
Et pour terminer, il est bon de signaler que même dans une production à 130m$ on trouve encore des traces flagrantes de mauvais goût, ou de design douteux. Prenons l'exemple du vaisseau dans lequel voyagent Cypher et Kitai; bien que son aspect extérieur soit sympathique (une sorte de raie, possiblement dessinée par Colie Wertz, un artiste qui a travaillé sur Transformers ou encore Star Wars), la texture choisie pour la carlingue (sorte de métal grossier) va sans aucun doute prendre un coup de vieux d'ici quelques années. Idem pour les décors intérieurs qui sont légèrement laids, et comme si ça ne suffisait pas ils sont allés nous coller des gros voyants oranges en plein sur le tableau de bord. C'est magnifique, on dirait des clignotants de Twingo. Mais le meilleur reste à venir car à la fin du film on découvre un splendide générique disco défiler sous nos yeux, avec des petites étoiles qui éclatent derrière les noms des acteurs, et rien que pour ça on est pas déçus d'être venus.

 

 

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Bref, After Earth est donc une nouvelle déception. Si tout n'est pas à jeter, l'ensemble rate sa cible et manque cruellement de contenu. Les 1h40 de film paraissent longues, le scénario est prévisible, inintéressant, parfois creux et parfois très cliché (souvent les deux), il n'y a pas de surprise, pas de suspens, les acteurs sont peu convainquants (un comble pour une histoire de père/fils !) et le récit n'arrive pas à se rendre intéressant. Si on peut conserver quelques éléments (précisément ceux qui n'ont pas été mis en avant), tout le reste est à oublier, faites-en autant.