Les Âmes Vagabondes d'Andrew Niccol.

20474073

 

Je pourrais certainement me passer de cette critique tant un "Bref,  Stephenie Meyer." pourrait suffire. Car si vous ne connaissez pas encore la bougresse qui se camoufle derrière ce doux sobriquet, sachez donc que Miss Meyer n'est autre que l'auteur de Twilight, cette fameuse histoire d'une fille gonflante qui hésite entre un loup gonflé à la testo et un vampire au visage recouvert d'héroïne, avec un fond de désir inaccessible et une métaphore de la sexualité particulièrement subtile. Et ça a duré pendant cinq films. Aujourd'hui la Dame revient avec un nouveau bouquin intitulé Les Âmes Vagabondes, que certains comparent à L'Ecume des jours mais je ne saurais pas vous dire pourquoi. Je ne sais pas non plus par quel procédé/pot-de-vin notre ami Andrew Niccol, réalisateur de Bienvenue à Gattaca ou encore Lord of War se retrouve derrière la caméra, mais il est bien là. Curieux.

 

 

20540479

 


Pour ma défense je n'ai pas lu le livre, il n'y aura donc pas de comparaison, je vais seulement me contenter du synopsis ; La Terre est envahie. L’humanité est en danger. Nos corps restent les mêmes mais nos esprits sont contrôlés. Melanie Stryder vient d’être capturée. Elle refuse cependant de laisser place à l’être qui tente de la posséder. Cette partie aurait pu être intéressante, elle est d'ailleurs une des nombreuses bases de la science-fiction, mais on parle de l'auteur de Twilight rappellez-vous. Suite du synopsis: Quelque part, caché dans le désert, se trouve un homme qu’elle ne peut pas oublier. L’amour pourra-t-il la sauver ? Voila, on a fait le tour. Mièvrerie es-tu là ? Bien sûr qu'elle est ici, fidèle comme une ombre. Car dans Les Âmes Vagabondes il y a 10% de SF et 60% d'amour mielleux. Le reste du pourcentage est destiné à rentabiliser le prix de votre oreiller, accessoire indispensable. L'histoire nous ouvre dès le début une porte potentiellement intéressante, celle de la dualité, celle d'un esprit alien qui entre en conflit avec un esprit humain. Le détail notable réside dans le fait que deux esprits différents occupent le même corps, l'un peut écraser l'autre à tout moment ou peut décider de cohabiter. Dès les premières minutes Melanie est manipulée comme une marionnette, l'âme présente dans son corps se sert de ses souvenirs pour localiser les autres survivants, on aurait donc pu s'attendre à une lutte pour la liberté, voire à une réflexion globale sur le genre humain mais ce n'est pas le cas. Cette lutte intérieure ne sera jamais approfondie et jamais vraiment mise en scène puisque le réalisateur l'illustre avec une technique de bas-étage : la voix-off. Autant lui foutre un bouton d'acné qui parle, ça aura le mérite d'être drôle. On regrettera également la caricature de chaque espèce, avec l'alien dictateur d'un côté, l'humain bon, brave, le coeur sur la main de l'autre. Mais ce n'est pas un problème puisque Meyer se fout royalement de ce point et de tout ce qui peut se passer autour de sa protagoniste, elle préfère mettre de côté toute la profondeur et tout l'intérêt qu'elle pouvait tirer de son histoire pour se concenter sur une histoire d'amour bien meilleuse, bien longue, bien tirée sur les bords, mais surtout très chiante.

 

 

20540480

 


Vous êtes nostalgiques du triangle amoureux de Twilight ? Ne vous inquiétez pas il est de retour. Enfin pas totalement puisque Meyer est astucieuse ; puisqu'il y a deux esprits à l'intérieur du corps de Melanie, ce n'est plus un triangle, c'est un carré ! Nous avons donc notre chère Melanie amoureuse de Jared et notre chère Vagabonde/Gaby/Wanderer/Wanda (l'esprit alien qui occupe le corps de Melanie) amoureuse de Ian. Oui, l'alien tombe amoureux très rapidement, même si c'est un sentiment qu'il ne connaissait pas quelques heures plus tôt. Cela dit l'alien sait choisir son partenaire puisque le sus-nommé Ian peut également passer du t'es pas humaine, je préfère te tuer au stade en fait je suis amoureux de toi bisoubisou avec seulement une bonne nuit de sommeil. Le mélange des sentiments de chacun n'est pas inintéressant, c'est là que se trouve certainement l'essence même du récit de Meyer, mais lorsque le tout est enveloppé d'un sentimentalisme exacerbé, qu'il est stéréotypé à outrance (le choix des acteurs est un bon exemple) et qu'il se veut métaphorique sans jamais gratter en-dessous de la surface, il en devient inexorablement soporifique. On pourrait d'ailleurs remettre en cause la vision crétine de Meyer qui semble vouloir affirmer qu'une femme ne peut rien faire de sa vie sans avoir un bellâtre au creux de ses bras, mais on l'a déjà fait pour Twilight.

 

 

20540476

 


Même si ce triangle amoureux est régulièrement coupé par des scènes de dialogue plus ou moins ridicules, des séquences montrant la belle Diane Kruger (la gentille méchante)... plus ou moins ridicules aussi, ou encore une séquence de poursuite assez drôle qui se finit en suicide (vous remarquerez que les aliens savent vachement bien comment encercler un camion en fuite; une voiture sur chaque côté, une voiture derrière et 20 mètres de libre devant) on ne voit que lui. Et cette longue et inintéressante relation va durer jusqu'à la fin, cette fin qui s'étire, qui traine, traine, et retraine, pour bien appuyer le happy-end général (vous pensiez que ça allait se terminer en bain de sang ?) et pour bien nous placarder au visage cette douce morale : L'amour, c'est plus fort que tout. Concernant l'image, on a connu Niccol en plus grande forme, s'il nous offre une palette de décors plutôt sympathiques, le tout manque cruellement d'âme et pêche surtout par un montage foireux qui enchaine les séquences n'importe comment. On pourrait également saluer la petite Saoirse Ronan qui s'en sort bien, mais c'est bien la seule.

 

 

20332042

 


Bref, sans critiquer la version papier, l'adaptation des Âmes Vagabondes sur grand-écran n'a rien de très savoureux et n'apporte rien de nouveau dans le registre qu'elle explore. La relation entre Melanie et l'Âme n'est pas suffisamment approfondie et laisse place rapidement à un duo de romances aussi passionnant qu'un documentaire sur la reproduction des dauphins. Si vous avez l'âme sensible ou si vous avez quatorze ans il fera peut-être votre grand bonheur, si vous vous attendiez à plus, surtout de la part de Niccol, vous risquez certainement d'être déçus.